Emmanuel Coeuret, l’impatience assumée

Emmanuel Coeuret / Coach des Déferlantes Nantes Rezé Basket

« Déterminé, fiable, engagé… impatient, définitivement impatient ». Quand on demande à Emmanuel Coeuret de se décrire, les mots sont pesés, choisis, réfléchis. L’homme n’est pas du genre à parler pour ne rien dire.

S’il met la communication au centre de son management, il ne dialogue pas à outrance, au contraire. Il vise l’essentiel. Observe avant de parler, agit plus qu’il ne réagit. Pourtant Emmanuel Coeuret, le coach, est un sanguin. Un bouillonnant qui provoque, tape là où ça fait mal et qui, de temps à autre, blesse l’ego. Il déplore l’individualisme, l’intolérance, le repli sur soi mais aussi et surtout la surprotection.

« Aujourd’hui le mal être n’est plus accepté. On doit mettre tout le monde dans le coton. Mais pour moi c’est formateur. J’ai été élevé comme ça. « En chier » pour réussir n’est pas néfaste, au contraire. »

Même s’il confesse s’être assagi avec l’âge, Emmanuel Coeuret avoue tout de même avoir du mal à comprendre ceux ou celles qui n’acceptent pas l’adversité, qui baissent les bras et la tête devant l’échec. Face à ses joueuses, l’entraîneur va s’adapter mais ne tolère pas cette forme de faiblesse. « Mon but avec celles qui sont le plus renfermées cest de les amener à exploser » ; l’homme veut connaître ce que ses troupes ont dans les tripes avant de partir au combat.

Enfant, il avait fort caractère. De parents divorcés, il pouvait passer quatre à cinq heures à jouer seul, à mettre en place des histoires, à se les raconter. S’il était entouré d’amis, il savourait ces moments où lui seul décidait de son aventure. Plus tard, comme une évidence, cette envie est venue de diriger, manager, emmener d’autres que lui à atteindre un objectif. Toujours dans le rôle du chef d’orchestre. Seul face à ses musiciens. Seul face à cette partition qu’il doit faire jouer de manière harmonieuse.

nofence-manu-bd-3072Paradoxalement l’isolement fait partie du métier. Jugé par ses joueuses, ses dirigeants, le public. Premier plomb à sauter quand la machine s’enraye. Une fatalité qu’Emmanuel Coeuret accepte. Il ne voudrait pas inverser la tendance d’ailleurs.

« Je n’aime pas qu’on s’attaque à mes joueuses. Quand l’une d’entre elle ne donne pas ce qu’elle devrait, c’est avant tout moi le responsable. Se séparer d’une joueuse c’est toujours une petite mort pour moi ».

Qu’elles partent d’elles même, ou pire, qu’elles soient « coupées » par l’employeur correspond à la fin d’une histoire pour Emmanuel Coeuret. Pas forcément à celle qu’il avait imaginé. « Jai horreur de me séparer dune joueuse en cours de saison. Après tout je suis le premier responsable. Cest moi qui lai choisi. Ce devrait être à moi den subir les conséquences ».

Où l’on touche la vraie personnalité d’Emmanuel Coeuret. Un nerveux à fort caractère, certes, mais un affectif avant tout. L’homme n’aime pas changer pour changer. Il aime ses joueuses et a besoin qu’elles vivent bien pour en faire de même. Ses équipes sont bien souvent à son image. L’ADN Coeuret c’est l’humain avant le sportif. On peut ne pas être d’accord avec la méthode, pousser le technicien dans ses retranchements, ses certitudes, provoquer le conflit.

nofence-manu-bd-3044-2A vrai dire il aime plutôt ça « on a besoin de conflits parfois pour se remettre en question. Notre société actuelle nautorise plus le désaccord. Quoi quon dise on blesse les gens. On le voit partout. Des gens comme Coluche ou Desproges ne pourraient avoir la même carrière de nos jours. Regardez les problèmes liés à la religion aujourdhui ! On ne tolère plus la différence. » Constat  acerbe d’une société qui change mais qui ne l’inquiète pas pour autant, persuadé que la vie est ainsi faite. Avec l’âge, le pragmatisme a gagné du terrain.

Après plus de vingt ans passés sur les bancs de touche, « Manu » prend toujours autant de plaisir à faire son métier, à entrainer, à partir en déplacement avec « ses » filles dont il loue la valeur collective et la volonté d’échanges permanents.

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Même s’il se sait capable de partir du jour au lendemain, il ne veut pour autant rien anticiper. Emmanuel Coeuret est un homme du présent qui a placé la communication et le dialogue au cœur de son histoire. Qu’importe l’issue tant qu’on s’en donne les moyens, « je ne cherche pas absolument à ce que tout aille bien, par contre je vais tout faire pour y arriver. »

Gamin, il voulait devenir réalisateur, inventer des histoires et diriger des acteurs. Adulte, c’est le spectacle sportif qu’il écrit au fil des rencontres. A chaque saison son histoire, ses actrices. Emmanuel Coeuret continue et continuera d’en écrire les scripts et les dialogues avec la même determination qu’à ses débuts et la même impatience… définitivement.

Texte / Julien Chesneau – Crédit Photo / Jean Le Boulanger
Remerciements au restaurant « Les Fonderies » pour l’accueil. Les Fonderies, 25 Boulevard Vincent Gâche, 44200 Nantes