Youenn Lebeau, hors d’atteinte (1e partie)

Youenn Lebeau / Combattant-entraîneur-manager de MMA

Youenn Lebeau, c’est avant tout une gueule. Un regard franc, une barbe finement taillée qui lui donne des allures de viking, des oreilles qui portent les stigmates de ses luttes acharnées sur le ring. Un physique racé à la carrure sèche. C’est aussi et surtout un sourire large et avenant qui invite à la conversation. Car l’homme n’est pas avare de bons mots surtout quand il s’agit de défendre sa pratique, le MMA.

MMA ou Mixed Martial Arts, une pratique sportive décriée en France. Pointée du doigt par les élus qui s’efforcent d’en empêcher son autorisation. Caricaturée par les médias qui n’ont de cesse de la décrire comme de vulgaires combats de rue. Placardisée par les autres fédérations de sports de combat qui voient en elle un dangereux concurrent. Le MMA doit se battre pour se faire accepter. Pire, elle doit lutter pour rétablir une image écornée à force d’attaques ciblées. Youenn Lebeau, lui, préfère en rire, fatigué de devoir constamment justifier l’inexplicable.

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C’est tout petit que la fièvre des sports de combat l’a touché. Devant les films de Bruce Lee, le jeune Youenn se prend de passion pour ces disciplines qui obligent à surpasser ses peurs. D’abord judoka puis taekwondoïste, il s’éprend de cette culture asiatique et rêve d’apprendre la boxe thaï. « Sauf que pour ma mère à l’époque, c’était impossible que j’en fasse » lâche-t’il dans un grand éclat de rire. Comme le MMA aujourd’hui, la boxe thaï de l’époque fait peur et souffre des préjugés qu’offrent les films de combat de l’époque. Youenn va donc devoir prendre son mal en patience. Ce n’est qu’en 1999 qu’il va enfin pouvoir s’y essayer. En formation pour devenir pompier de Paris, il s’inscrit rapidement dans un club et ajoute les gestes de la boxe thaï à son arsenal technique.

Alors qu’une rencontre sportive est organisée au sein de la compagnie de pompiers, Youenn fait la connaissance de David Baron, déjà combattant de MMA. Les deux hommes sympathisent et rapidement David l’invite à découvrir cette pratique qui utilise ce qu’il y a de mieux dans chaque sport de combat. Son premier soir dans cette petite salle de Montrouge, située sous une piscine municipale, sera un vrai choc.

« Je me retrouve dans cette salle et je vois pleins de pratiquants d’arts martiaux qui viennent de toutes les disciplines. Des judokas, des boxeurs, des jujitsuka… Ils sont tous là à combattre, à mettre leur technique au service des autres tout en apprenant celles des arts martiaux qu’ils ne pratiquent pas. »

C’est une révélation pour ce passionné d’arts martiaux, il tient ici une pratique qui ne se limite pas à une technique mais bien à toutes celles que veulent bien compter les sports de combat. « C’est ce qui est drôle d’ailleurs, les autres sports de combat ne nous aiment pas mais nous on les aime tous ! » en sourit-il.

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Guidé par cette soif d’apprentissage, le jeune homme va rapidement progresser et se voir proposer un premier combat par Daniel Quoniam, autre référence du MMA parisien. De la pratique à la réalité, il n’y a qu’un pas que le combattant n’hésite pas à franchir même si « forcément il y a du stress, c’est aussi le but du jeu. C’est cette adrénaline qui nous guide. » Son premier combat en Suisse, il s’en rappelle comme si c’était hier. « On était monté la-bas en voiture et je peux te dire que durant le trajet, t’as bien le temps de cogiter. Je me pointe là-bas, on me pèse et on me dit « ok, tu combats dans deux heures. A ce moment là, j’ai l’impression d’avoir la banquette arrière de la 106 encore dans le dos » en rigole-t’il.

Le combat durera trois minutes, le temps pour son adversaire d’attaquer Youenn sur son point faible, le jeu au sol, et de le soumettre à une clé de bras qui le contraint à abandonner. Qu’importe, l’essentiel est ailleurs. Le nantais a aimé cette montée en tension, cette approche stratégique du combat et n’a qu’une envie…  y retourner.

Malgré lui, il sera stoppé par un adversaire imprévu. Un cancer qui l’oblige à s’arrêter. Comme quand il s’agit de partir au feu ou de monter sur un ring, Youenn fait preuve de courage et affronte la maladie « comme n’importe quel combat. J’avoue avoir eu du mal à me regarder dans la glace après la chimiothérapie. J’ai perdu plus de 10 kilos en un mois et demi. » youenn-lebeau-bd-1280  Aidé par sa femme « qui m’a toujours soutenu quelque soit l’épreuve » il finira par vaincre la maladie, il quitte Paris pour s’installer dans le Sud et reprend l’entraînement. Finalement, hors gala de Kempo ou Grappling Fight* en France, il entrera huit fois dans une arène de MMA. De retour à Nantes, nanti de deux enfants, il décide de raccrocher les gants pour se consacrer à sa famille. C’est son frère et quelques amis qui le sortent de sa retraite et le pousse à les entraîner. La petite troupe arrive à négocier un créneau dans une salle de ju-jitsu. La United Fight Team vient de naitre.

Le combattant se mue en entraîneur. L’adrénaline n’est plus la même, le stress est différent, mais l’envie de partager est toujours aussi présente. « Dans ma salle, je fais mieux que United Color of Benetton, s’amuse-t’il. J’ai de toutes les couleurs, de toutes les origines, de toutes les pratiques sportives, des vieux, des jeunes, des gars, des filles. Il y a une vraie mixité sociale. On est loin des clichés dans lesquels on enferme le MMA. ». Il n’hésite pas à parler de famille quand il parle de son équipe. Le combattant n’est plus mais Youenn le coach transmet son savoir avec la même passion que lorsque c’était lui qui chaussait les gants.

*Le Kempo et le Graplling Fight sont deux sports de combats autorisés en France.
Texte / Julien Chesneau – Crédit Photo / Jean Le Boulanger

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